Педагогика

Преподаване чрез развиване на междукултурни компетенции

L’INTERCULTURALITE DANS LE SYSTEME EDUCATIF MACEDONIEN

Резюме. L’interculturalité est un mot ou facteur nouveau d’emploi et fait donc l’objet de nombreuses études de différentes disciplines des sciences sociales et humaines, de textes critiques, de thèses dans le domaine de l’éducation et de la culture. Ainsi il s’introduit dans les manuels d’enseignement de la langue (des langues étrangères), de la culture et de la civilisation et dernièrement fait son apparition dans les domaines éducatif et culturel macédoniens. Cette volonté de s’identifier, de comprendre l’autre et donc de rendre possible l’intercommunication est bien présente dans nos réflexions. Le but de notre étude est de présenter, notre cas - celui de nos écoles, de notre université «Saints Cyrille et Méthode» de Skopje, de nos départements où est enseigné le français, et de voir de quelle façon l’interculturalité est identifiée et appliquée, comment elle s’intègre dans nos systèmes de valeurs et de finir notre étude sur des expériences personnelles données en tant qu’exemple de différences culturelles.

Ключови думи: interculturalité, enseignement, primaire, secondaire, université, faculté, identité, culture, altérité, interaction

Qu’entendons-nous par interculturalité?

Le mot «interculturalité» est nouvellement et de plus en plus présent dans le lexique professionnel des institutions éducatives et culturelles mais aussi dans les livres, les manuels, sur le net ou lors de conversations et plus encore en tant que thème lors des formations, séminaires que nous suivons, nous les professeurs de langues. Mais pourquoi cet engouement pour l’interculturalité particulièrement ces dernières décennies? La réponse pourrait se trouver dans le fait que nous nous ouvrons beaucoup plus aux autres cultures, que nous sommes moins égocentriques et ethnocentriques et devenons des «citoyens du monde». Pour pouvoir être qualifié de telle sorte, cela sous-entend d’entendre et de comprendre l’autre et donc de rendre possible l’intercommunication. Il est clair que nous n’avons pas tous les mêmes significations et les mêmes formes d’expression de ces mêmes significations ce qui peut mener à des incompréhensions avec des conséquences plus ou moins malheureuses ou inconvenantes. Le but de notre étude est de présenter, notre cas - celui de nos écoles, et surtout de notre université «Saints Cyrille et Méthode» de Skopje, de nos départements où est enseigné le français, et de voir de quelle façon est compris le terme d’interculturalité.

Avant tout, nous voudrions partir du fait que l’explication de cette “mode” de l’interculturalité provient des pays comme l’Europe, les Etats-Unis ou plus précisément des pays avec une histoire et une actualité migratoire. Ceci n’est pas vraiment notre cas, car nous ne sommes pas un pays d’immigration mais plutôt un pays d’émigration. J’estime que ce mouvement d’immigration qu’ont connu et connaissent les pays d’Europe et d’autres continents potentiellement riches et “développés”, de situation sociale et économique plus stable et enviable, a rendu sa population plus hétérogène car les étrangers qui viennent pour y vivre et travailler apportent avec eux des cultures et mœurs différentes et essaient plus ou moins de s’intégrer en se mêlant aux autochtones. L’assimilation n’étant plus de mise, elle a été remplacée par un état de fait qui donne plus de liberté, mais aussi plus de personnalité et d’individualisme, où une certaine population bien qu’elle ait été délocalisée puisse facilement garder ses marques, espérer vivre dans un pays qui lui est autre, mais qui respecte sa différence. Nous sommes conscients que cette altérité «positive» et interculturalité sont fragiles et peuvent facilement tomber sous les coups des tensions à dimensions politiques, religieuses, culturelles et identitaires. La proximité d’ethnies différentes peut être génératrice de rivalités où l’altérité serait vécue comme une menace à la culture et aux traditions matrices, cependant il faut noter que dernièrement nous constatons un certain abandon progressif d’identités fixes par les individus dans les sociétés industrialisées lesquels laissent la place à des identités multiples qui peuvent être comprises positivement mais cet abandon malheureusement peut aussi être mal vécu et compris en tant que rupture civilisationnelle. Ces réflexions sur les identités, sur l’individu, la culture, sur l’ethnicité etc, imposent de connaître et comprendre la différence qui existe entre la définition des deux adjectifs phares: multiculturel et interculturel. Une définition plutôt réductrice peut convenir pour notre étude: le premier évoque donc la présence et l’addition simultanée de plusieurs cultures, tandis que le second évoque une mise en relation ainsi que la négociation commune et constitution de codes, de rites et de connaissances, etc. tirés des cultures des différents protagonistes.

Pour mieux comprendre notre situation et nos constatations et efforts dans le domaine de l’interculturalité, il faut aussi connaître la situation de notre pays; la Macédoine. Ce pays se trouve au sein de l’Europe du Sud, est issu de l’éclatement de la Yougoslavie, et est devenu indépendant en 1991. C’est un pays avec une population interethnique d’environ 2 millions d’habitants sur un territoire de 25713km2. L’histoire, la migration et les occupations ont façonné la structure de sa population. Ainsi nous avons des Macédoniens, des Albanais de Macédoine, des Turcs, des Roms, des Serbes, des Valaques, des Bosniaques. La Macédoine compte une majorité de population slave et orthodoxe mais aussi une forte communauté musulmane. Et «Les droits des minorités sont larges, elles peuvent par exemple faire un usage officiel de leur langue dans les municipalités où elles forment au moins 20 % de la population. Si un groupe forme 20% de la population totale du pays, comme c’est le cas pour les Albanais, sa langue peut aussi être utilisée dans les institutions gouvernementales. Ainsi, les députés albanais peuvent s’exprimer dans leur langue lors des sessions parlementaires” (Wikipedia). Donc, à part les deux principales ethnies (Les Macédoniens et lesAlbanais) et les autres petites minorités, il n’existe qu’une infime et même inexistante immigration qui ne peut porter recherche.

Au sein même de notre pays, l’enseignement primaire est dispensé en macédonien, en albanais, en turc ou en serbe et l’enseignement secondaire en macédonien, en albanais ou en turc1) . En Macédoine, l’éducation est une valeur forte et sûre sachant qu’elle est obligatoire au niveau primaire et secondaire. De gros efforts dans l’éducation, prise dans sa globalité, ont été faits dans le but d’adapter le système aux normes européennes en tenant aussi compte de la réalité ethnique et linguistique, car des difficultés liées à des ruptures psychoculturelles étaient observées particulièrement chez des enfants roms, et cela dès leur entrée à l’école. Ces difficultés étaient telles qu’ils peinaient à l’école et ne voulaient plus continuer leurs études à l’université. Donc de gros efforts depuis 2004, avec des programmes incluant la diversité ethnique, mais encore des soutiens financiers (bourses) et des projets de soutien scolaire, ont été faits, et avec l’aide et les efforts des professeurs (engagés de façon complémentaire en tant que mentor ou tuteur), de l’administration scolaire et universitaire, comme de l’état et des organisations non gouvernementales, ces enfants qui étaient réfractaires aux systèmes éducatifs qu’ils estimaient ne pas leur convenir, ne pas répondre à leurs besoins et à leurs demandes, ont pu rejoindre beaucoup plus facilement les bancs de l’école et des facultés. Ainsi le nombre d’enfants roms qui s’inscrivent actuellement à l’universitaire a plus que triplé, leur préférence allant vers les facultés de droit, de pédagogie, de philosophie (particulièrement la sociologie), de musique etc.

Un autre souci est celui de la position sociale des individus constituant la population de la république de Macédoine, laquelle au sein de la même culture peut poser des marqueurs différentiels de langage, de comportement et de valorisation. Nous parlons ici de différences culturelles imposées non pas comme des caractéristiques individuelles mais plutôt des caractéristiques sociales. Nous avons remarqué que plus les étudiants sont de classe sociale aisée, plus leur langage même en langue maternelle est soutenu et leur pensée et réflexion plus critiques. Ainsi, ils sont plus aptes à maintenir leur point de vue lors de confrontations ou n’hésitent pas avec tout le respect qui est dû à un professeur à se battre pour leurs convictions et même à mener bataille pour leurs propos même si ceux-là sont contradictoires ou non fondés. D’un autre côté, lorsque nous avons affaire à des étudiants de classe sociale moins aisée, une certaine soumission est remarquée, plus qu’un respect et surtout manquant de tournures langagières, de lexique, de syntaxe, ils ont peur de ne pouvoir soutenir une conversation longue et poussée avec un professeur et même avec une personne de classe plus aisée donc à priori plus éduquée. Nous pouvons remarquer ceci non pas simplement lors des activités en cours, où la place est donnée à la possibilité de s’exprimer aux étudiants, mais aussi lors de l’examen oral où là aussi nous voyons que les étudiants soit apprennent par cœur des répliques qui ont été données aux cours sans à priori avoir compris le contenu tandis que les étudiants de classe plus aisée ont essayé de transformer le discours du professeur pour se l’approprier et surtout le présenter à l’examen oral avec leurs propres mots, leur propre langage. Donc nous avons d’un côté l’individualisation pour la classe aisée, et de l’autre côté l’impossibilité ou le manque d’individualisation pour la classe populaire qui fait que le premier est plus à l’aise à l’école car il est habitué à ce langage qu’il utilise même chez lui, tandis que le deuxième est en position de bilinguisme, c’est-à-dire, il y a différence entre le langage qu’il utilise et entend à la maison et celui qu’il entend à l’école et avec lequel il est obligé de répondre ce qui fait que son travail est plus difficile. Il faut ajouter que dans notre cas, nos étudiants de langue étrangère et donc de français, non seulement doivent batailler entre le langage commun issu de leur culture et de leur classe sociale et le langage officiel d’enseignement pour pouvoir exprimer leur pensée, mais ils doivent aussi le faire en langue étrangère. D’où la difficulté de l’enseignement interculturel. Les professeurs de langue et donc de fle se trouvent dans une position particulière, motivante tout en étant contraignante. Devant réaliser l’apprentissage du français, ils sont obligés de le faire à deux niveaux, avec un langage formel et un langage commun; utilisant la langue de Molière (comme est souvent défini le français) pour le premier mais aussi du «langage parlé» pour le second et faire de même pour la langue d’enseignement (macédonien, albanais, serbe ou turc) si nous voulons donner toutes les chances à l’interculturalité. L’apprentissage du français en petits groupes, même disparates dans la constitution sociale, fait que le professeur peut toucher par son attitude, son langage, sa façon d’enseigner les deux niveaux. La distance langagière et sociale est ici réduite et l’on peut facilement s’ouvrir à l’interculturel. Mais dans les classes qui sont plus nombreuses, ce contact plus personnel et donc plus implicatif est difficilement réalisable et le cours devient un cours plus théorique, en présentiel, avec des TD quasiment inexistants et donc l’interculturalité peine à trouver une place.

Mais quelle est la situation dans l’enseignement supérieur? Peut-on parler d’interculturalité au sein de cette institution?

Dans notre université «Saints Cyrille et Méthode», la plus ancienne et la plus grande du pays, nous pouvons utiliser le terme de «pluralité» de cultures en sous-entendant celles des minorités et communautés mentionnées un peu plus haut dans notre étude. Cette pluralité de cultures est présente majoritairement dans les couloirs de l’université, ou dans certains départements, mais l’interaction entre cultures reste encore à un stade précoce. La majorité de nos étudiants2) sont des étudiants macédoniens, venant de la capitale ou bien d’autres villes de Macédoine, et de culture slave. D’ailleurs pour pouvoir rendre compte de la chose, une enquête facultative a été réalisée auprès des étudiants de langue et civilisation françaises, lesquels devaient répondre par écrit à quelques questions sur l’interculturalité (sur sa définition, de l’interculturalité à l’université, en classe, dans les matières, etc.). Le résultat de cette enquête a démontré premièrement que la grosse majorité des étudiants est de culture slave et de religion orthodoxe; deuxièmement, que certains étudiants ne comprennent pas véritablement ce que le mot «interculturalité» veut dire et qu’il n’y a en fait que les personnes vivant dans des quartiers où se côtoient des religions, des cultures différentes qui en sont, tant soit peu conscientes; et troisièmement que les Albanais et les Macédoniens se côtoient mais ne se mélangent que rarement. Donc nous ne sommes pas dans une véritable hétérogénéité culturelle ce qui fait que le degré d’interculturalité n’est pas suffisamment notifiable. La proximité n’est pas de celle qui peut être identifiée par rapport aux caractéristiques de l’interculturalité. Nous sommes plus en phase d’interactions interpersonnelles qu’interculturelles. Ce qui fait que les conflits d’ordre culturel et surtout identitaire sont possibles dans notre cas, dans notre société multiculturelle ou chacun revendique une place, une place qu’il estime lui être redevable tandis que d’autres estiment être en phase de perdre la leur. Réellement, j’estime que nous avons la chance d’être dans un pays où se côtoient différentes cultures, mais que des efforts doivent être encore faits pour surmonter les tensions mises en exergue par certains. Donc, à priori les élèves et les étudiants sont mis en présence de l’interculturalité principalement à l’école et à l’université3) , lors des cours de langues étrangères et des cours de civilisation et culture de ces mêmes langues étrangères. C’est dans ces lieux que le dialogue interculturel peut être engagé, et particulièrement dans les cours de langues étrangères. C’est ici que l’on peut changer les valeurs et les attitudes des jeunes et laisser la place à la curiosité interculturelle, dans le but d’aller vers une vision du monde moins destructrice ou pessimiste.

L’interculturalité est constituée de dialogues, d’interactions entre différentes cultures, de rencontres où chacun doit estimer, considérer l’autre et sans forcément voyager à l’étranger, elle est la possibilité de découvrir et comprendre la culture de l’autre mais aussi sa propre langue et culture lesquelles nous ont été données à notre naissance, et auxquelles nous n’avons pas forcément réfléchi. Il faut suspendre son moi, pour être à l’écoute de l’autre. Il faut se mettre sur la même longueur d’ondes, inclure une tolérance envers ce qui est ambigu et ne pas hésiter à poser des questions pour mieux comprendre l’autre et dépasser les stéréotypes et préjugés. La confiance entre les deux partis et la volonté réciproque de communication sont des facteurs situationnels mais primordiaux pour pouvoir instaurer tout processus d’interculturalité. Cependant, il est à noter que la peur des représailles, les réalités institutionnelles, les réalités politiques et économiques, mais encore des facteurs plus personnels comme le manque d’intérêt, de motivation pour cette rencontre ou bien encore la mauvaise foi des parties, peuvent avoir des impacts sérieux sur tout engagement interculturel. Les obstacles à la communication ne sont pas récurrents au domaine interculturel car ceux-ci peuvent aussi exister dans des situations culturellement homogènes comme il a été mentionné un peu plus haut dans notre étude, des situations où les intentions, les attentes et les attitudes personnelles peuvent nuire à la communication et mener à des conflits d’intérêts.

La communication interculturelle, à nos départements, est difficilement réalisable (nous n’avons plus de lecteur de France, et depuis juin 2015 plus de lecteur français venant de Wallonie Bruxelles) et ne peut se manifester que grâce à des (re)présentations et des propos que les professeurs de langue et culture françaises constituent sur la base de leur propre expérience ou sur des informations tirées des manuels de langue française ou de civilisation, sur des formations sur l’interculturel4) ou grâce au net. Du côté des étudiants, certains ont pu, au moins pendant quelques mois et durant leur cursus universitaire, travailler sur des bateaux ou comme fille au paire et par cela côtoyer des personnes de culture différente. Ces étudiants sont précieux car ils complètent les dires des professeurs et rendent la classe plus interactive.

Mais quoiqu’il en soit, bien que le contraire soit formellement dit dans certains livres critiques ou pédagogiques, «rien ne vaut sa propre expérience», d’où l’importance des stages, des formations, de la mobilité internationale – chose qui vaut pour les étudiants mais aussi pour les professeurs.

La mobilité internationale des étudiants, les programmes d’échanges sont une excellente possibilité de parfaire ses connaissances linguistiques mais aussi un excellent moyen de sortir l’étudiant de son petit monde et de lui rendre visible et palpable non seulement la langue mais aussi la culture de l’autre pour qu’il puisse la comprendre et même peut être l’apprécier. Nos étudiants peuvent bénéficier du programme Erasmus + ce qui leur donne la possibilité d’effectuer une partie de leurs études dans une autre université, mais cet échange n’est pas si facile à réaliser premièrement à cause de la validation des UV étrangers qui ne sont pas tous identiques aux nôtres et deuxièmement du fait que les étudiants ont réellement besoin de bénéficier d’une bourse pour pouvoir séjourner dans le dit pays laquelle est difficilement obtenable. A nos départements malheureusement, nous comptons sur les doigts de la main, les étudiants qui partent de cette façon à l’étranger. Les autres soit partent en tant que fille au paire, ou bien travaillent sur des bateaux mais pour cela ils doivent mettre en suspens pendant un certain temps leurs études car l’engagement en tant que fille au paire nécessite une présence auprès de la famille d’au moins 6 mois, et à priori d’au moins 3 mois sur les bateaux. Il est vrai que les bénéfices sont grands dans tous ces cas de mobilité: les étudiants ont un contact direct avec une autre langue et une autre culture et peuvent beaucoup apprendre en ce laps de temps.

Quelques exemples de méprises entre différentes cultures

Dans les rencontres interculturelles, il faut particulièrement faire attention à la façon dont on doit aborder l’autre, à son attitude envers cette personne, à l’importance que l’on doit lui accorder, à notre comportement envers elle et à la façon dont nous exprimons nos sentiments. Dans la suite de notre étude, nous voudrions présenter quelques moments où les différences culturelles ont eu des incidences sur les relations interpersonnelles lesquels ont été mises à l’épreuve et même rompues précisément suite à une incompréhension culturelle.

Voici un exemple d’incompréhension culturelle qui pouvait avoir de fâcheuses conséquences:

Une étudiante albanaise entre dans mon bureau et me tutoie directement alors que cela était la première fois que je la voyais. Il est de coutume dans notre pays de vouvoyer son professeur, du moins lors des premiers contacts et de prolonger cette habitude si le professeur ne vous fait pas savoir que vous pouvez maintenant passer au tutoiement. Je lui dit donc poliment qu’elle doit me vouvoyer et me montrer par cela un peu de respect, au moins pour mon âge mais aussi du fait que je suis son professeur. Elle ouvre grands les yeux -qu’elle avait d’ailleurs fort beaux, et continue de parler en essayant d’éviter dans ses phrases tout vouvoiement ou tutoiement. Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai appris qu’il n’y a pas de distinction entre vouvoiement et tutoiement dans la langue et culture albanaises et que cela n’était pas de l’irrespect de sa part. Cela m’a fait comprendre que dans l’apprentissage d’une langue, une place importante doit être aussi donnée à la culture, que langue et culture vont de paire et qu’il est primordial de ne pas réagir de manière compulsive à certains faits que l’on pourrait croire être des confrontations ou de l’irrespect. Il faut connaître le plus grand nombre de cultures ou du moins les cultures qui sont les plus présentes dans votre pays, de cette façon il sera possible d’anticiper sur ses comportements et prédire la fiabilité de ses propos et de ses actions.

Autre exemple de différences culturelles; celui de la proxémie et des salutations.

Mes engagements font que je côtoie régulièrement des personnes venant de différents pays avec lesquelles je dois travailler pendant un moment donné (lors des formations régionales par exemple) et par la suite rester en contact avec elles. Le problème que j’ai rencontré et que je rencontre encore est de savoir comment saluer ces personnes lors de notre première rencontre (par une ou plusieurs bises, par une accolade, par un serrement de main) et comment faire aux rencontres suivantes, et tout cela sans provoquer d’incidents culturels. De même, des questions subsistent encore comme de savoir si je peux ou dois faire la bise à un homme venant d’un pays de culture musulmane?; et trouver les réponses aux questions suivantes: est-ce qu’un homme peut embrasser une femme pour la saluer?; si deux hommes peuvent se faire la bise sans provoquer des sous-entendus etc.

Les différentes salutations ne sont pas seulement relatives à la culture des pays mais aussi aux différentes régions de chaque pays. Ainsi dans certaines régions, les gens vous font la bise une fois, ou deux fois, tandis que dans d’autres trois fois et dans certains cas ils ne vous font pas du tout la bise mais simplement un serrement de main ou une accolade. De même, la différence sociale peut avoir des influences sur le mode de salutations.

Un troisième exemple est celui de l’acquiescement et du refus, non verbaux, ou du hochement de la tête d’avant en arrière pour exprimer une affirmation et de droite à gauche pour un refus.

Dans certains pays, ils disent «oui» par un mouvement de la tête allant d’avant en arrière, et dans d’autres ils expriment une affirmation mais ils font un mouvement de la tête allant de la droite vers la gauche. Dans la culture macédonienne, nous sommes dans le premier cas mais nous avons appris qu’en Bulgarie, il n’est pas exceptionnel de rencontrer le deuxième cas. Ceci peut réellement porter à confusion, mais le problème peut s’accroître lorsque cette expression d’affirmation ou de refus est accompagnée verbalement, d’une expression courte et verbale qui diffère selon les cultures.

Nous n’avons mentionné ici que trois exemples, mais il nous en vient bien d’autres à l’esprit. Quoiqu’il en soit, nous voyons que beaucoup d’actions, de réactions ou de comportements qui à priori nous sont naturels, qui viennent de notre culture, peuvent porter à confusion et peuvent provoquer des incompréhensions et même des discriminations non voulues entre les personnes de cultures différentes d’où l’importance d’étudier les cultures d’autrui mais aussi sa propre culture. Les marqueurs culturels de chaque personne et de chaque ethnie doivent être rendus visibles et discutés.

L’interculturalité est un enrichissement de la personne. L’école et l’université mais aussi la rue sont des lieux où l’altérité est présente, où la multiculturalité peut mener assez rapidement à l’interculturalité si tout le monde s’en donne la peine, si l’enfant qui est confronté à d’autres cultures, différentes de la sienne, qu’il aurait cru au début être infaillible et universelle se laisse prendre au jeu de l’interculturel. Les cultures pourront d’abord s’y définir, puis, si elles sont bien comprises, elles s’acceptent, et peuvent même s’influencer, se mêler et s’entremêler. L’école et l’université peuvent ici jouer un rôle «entremetteur» et grâce à la pédagogie interculturelle construire un espace, une sorte de micro société d’égalité, de respect de l’autre, de droit et d’équité.

REFERENCES

1. La possibilité est donnée par le ministère de l’éducation d’avoir un enseignement en langue serbe mais pour l’instant il n’y a pas suffisamment d’intérêt ou d’effectifs du point de vue des parents et des élèves pour pouvoir ouvrir une section où la langue d’enseignement serait le serbe.

2. J’enseigne au département de langue et littératures romanes, ainsi qu’au département de traduction et d’interprétation, les matières comme sont la littérature française et la culture et civilisation françaises.

3. et par forcément dans la rue.

4. comme la formation régionale «Enseigner en développant la compétence interculturelle», tenue du 31 août au 4 septembre 2015, organisée par le Centre régional francophone pour l’Europe centrale et orientale (CREFECO) de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et animée par Alex Cormanski

5. Le débat Berstein-Labov: différences langagières ou inégalités in http:// alainleger.free.fr/textes/divers.pdf

6 Europublic cva/sva/Bruxelles, Les langues et les cultures en Europe (LACE) : les compétences interculturelles enseignées dans les cours de langues étrangères dans l’enseignement obligatoire dans l’Union européenne, Novembre 2007, 70 p. Document en ligne

7 Huber-Kriegler Martina, Lazar Ildiko, Strange John, et al. , Miroirs et fenetres: manuel de communication interculturelle, Graz : Centre européen pour les langues vivantes, 2005, 126 p., bibliogr.

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Година LXXXVII, 2015/9 Архив

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