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L´HISTOIRE DES ÉTUDES FRANÇAISES UNIVERSITAIRES EN SLOVAQUIE (CENT ANS DES ÉTUDES FRANÇAISES EN SLOVAQUIE)

https://doi.org/10.53656/for23.341hist

Резюме. Résumé. L'enseignement du français à l'université célèbre en Slovaquie son centenaire. Le Séminaire roman (l´actuel Département d'Études romanes) de la Faculté des Lettres de l'Université Comenius à Bratislava a été créé en mars 1923 comme l'un des premiers départements de langues en Slovaquie et le français y est enseigné sans interruption jusqu´à nos jours. La création du Séminaire a également eu un impact culturel important : la Slovaquie, faisant partie de la Tchécoslovaquie de l'entre-deux-guerres, a ainsi, depuis les années 1920, rejoint les pays francophones d'Europe centrale et orientale (comme la Roumanie, la Bulgarie et d'autres), où les relations linguistiques, mais surtout culturelles et diplomatiques avec la France ont joué un rôle essentiel. L'article examine la place du Séminaire roman dans ces relations culturelles et retrace l´histoire des études françaises : aux côtés des professeurs des universités tchèques, ce sont surtout le lecteur français Léon Chollet, Anton Vantuch et Jozef Felix, qui ont contribué de manière substantielle à son évolution. S'appuyant principalement sur des documents d'archives et des correspondances inédites, l´article porte attention à ces figures fondatrices et reconstitue les principales étapes de l´histoire du Séminaire dans les années 1923 – 1974.

Ключови думи: Mots-clés: Slovaquie; études françaises; Université Comenius; l’histoire de l‘enseignement; francophonie; Léon Chollet; Anton Vantuch; Jozef Felix

L'enseignement du français à l'université célèbre cette année en Slovaquie son centenaire. Le Séminaire roman (l´actuel Département d'Études romanes) de la Faculté des Lettres de l'Université Comenius à Bratislava a été créé en mars 1923, deux années après la fondation de la Faculté des Lettres en 1921, comme l'un des premiers départements de langues, peu après la fondation du Séminaire d´études slaves. Le français fut la première langue enseignée (avec le roumain sous la forme du lectorat) et y reste sans interruption jusqu'à nos jours, ce qui représente un total d‘environ 1000 – 1500 diplômés. Les autres langues romanes n'ont commencé à être enseignées systématiquement qu'après la Seconde Guerre mondiale (l'italien et l'espagnol à partir de 1954 et le portugais à partir de 1981).

La création du Séminaire a également eu un impact culturel important : la Slovaquie, faisant partie de la Tchécoslovaquie de l'entre-deux-guerres, a ainsi, depuis les années 1920, rejoint les pays francophones d'Europe centrale et orientale, comme la Roumanie, la Bulgarie et d'autres, où les relations linguistiques, mais surtout culturelles et diplomatiques avec la France ont joué un rôle essentiel.

Bien que la langue française se soit progressivement répandue dans d'autres établissements universitaires slovaques (en 1940 en premier dans l´École de Commerce, actuelle Université d´Économie), le Séminaire roman est resté le seul lieu à remplir cette mission culturelle jusque dans les années 1960.

L'article examine la place de l'Université Comenius et du Séminaire roman dans ces relations culturelles et retrace la formation des fondements de l'enseignement universitaire du français à travers quelques personnages clé, notamment Léon Cholet, Anton Vantuch et Jozef Felix.

1. LA FORMATION ET LE DÉVELOPPEMENT DU DÉPARTEMENT D'ÉTUDES ROMANES (1923 – 1950) IMPORTANCE CULTURELLE ET DIPLOMATIQUE

La création du Séminaire roman s'inscrivait dans le cadre de la politique culturelle de la première République tchécoslovaque, orientée vers les contacts diplomatiques avec la France, au sein de laquelle se formaient aussi pour la première fois dans l’histoire des relations diplomatiques slovaco-françaises (grâce à Milan Rastislav Štefánik, Štefan Osuský, Michal Hodža et d‘autres). En 1920, par exemple a été établie à Bratislava la première représentation de la République française en Slovaquie sous la forme d‘ un consulat (Brtko 2012, p. 178). Son fonctionnement a sans doute accentué la nécessité de créer un établissement d'enseignement supérieur où seraient formés les futurs experts slovaques en langue et culture françaises. Le Séminaire a donc joué dès le début un rôle considérable dans la construction des savoirs réciproques entre la Slovaquie et la France et participait aussi aux échanges interuniversitaires très vivants que la République tchécoslovaque avait établis avec la République française au niveau des ministères de l’éducation. Du côté français c´était surtout grâce au travail acharné de l’historien et amateur de la Tchécoslovaquie Ernest Denis (1849 – 1921), fondateur en 1919 de l’Institut d´études slaves, et de l’historien Louis Eisenman (1869 – 1937), professeur à la Sorbonne, spécialiste des problématiques de l’Europe centrale (Marès 2015, pp. 190 – 191; Ferenčuhová 1995, pp. 98 – 99), que des accords intergouvernementaux et interuniversitaires entre la Tchécoslovaquie et la France furent établis. Pendant toute l‘ époque de l'entre-deux-guerres (1920 – 1939), les étudiants tchèques et slovaques ont pu bénéficier de bourses universitaires offertes par le gouvernement français. Chaque année, de 20 à 25 bourses étaient attribuées, dont environ une dizaine pour la Slovaquie (Brtko 2012, p. 180), en général pour les étudiants du Séminaire roman qui ont pu passer un an ou deux dans des universités françaises, le plus souvent à la Sorbonne. Parmi eux se trouvaient de nombreux futurs scientifiques, écrivains, artistes, comme par exemple le fondateur des études francaises, Jozef Felix, le traducteur Andrej Kostolný, l'historien Daniel Rapant, les écrivains et critiques Emil Boleslav Lukáč, Valentín Beniak, Ján Smrek, Ivan Horváth ou Dominik Tatarka qui ont ainsi diffusé l’enthousiasme pour la culture française.

Débuts de l´enseignement

Les premiers enseignants au Séminaire roman furent des professeurs des universités tchèques, comme c'était le cas pour toute la Faculté des Lettres de l´Université Comenius, la Slovaquie ne possédant pas à l’époque suffisamment de cadres formés à l’Université. Le fondateur du Séminaire fut Prokop Miloslav Haškovec (1876 – 1935), professeur à l'Université Charles, qui l‘ a dirigé jusqu'en 1928. Après lui la direction a été reprise par d’autres professeurs externes, Otokar Levý (1896 – 1946), Hertvík Jarník (1877 – 1938), et surtout le linguiste et comparatiste Vladimír Buben (1888 – 1956) et le spécialiste de la littérature française du XIXe siècle Josef Kopál (1883 – 1966) qui sont devenus des personnages majeurs de l'enseignement de langue et de littérature de l’entre-deux guerres. À l‘exception de ces deux derniers, les professeurs furent principalement spécialisés dans l'étude de l'ancien français et de la littérature médiévale. L'accent mis sur l'ancien français au cours des premières décennies allait sans doute de pair avec les méthodes universitaires encore positivistes des établissements supérieurs d'Europe centrale de l´époque, ou bien avec des traditions de l’enseignement des langues classiques (grec et latin) basé sur l'explication de la grammaire par les textes anciens et leurs traductions.

Quant à Josef Kopál, il a fait beaucoup pour l’enseignement de la littérature française à l’Université, mais aussi pour sa diffusion auprès d’une audience plus large grâce aux conférences publiques à l’Université Comenius et au sein du Club des philologues modernes (Klub moderních filologů), tandis que le linguiste Vladimír Buben essayait d´ introduire dans le Séminaire de nouvelles méthodes de la linguistique ainsi que d´autres langues romanes comme l’espagnol ou le catalan. Mais, le sort des professeurs tchèques à l´Université Comenius est bien connu : suite aux Accords de Munich de 1938 et à la formation de l´État indépendant slovaque en 1939 quasiment tous les professeurs tchèques furent obligés de quitter la Slovaquie.

Léon Chollet et des méthodes littéraires et linguistiques nouvelles

Par ailleurs, un rôle très important dans l’enseignement a été joué par le lecteur français, personnage aujourd´hui presque mythique, Léon Chollet (1883 – 1959), qui se trouvait à Bratislava depuis la fondation du Séminaire. C’est avant tout grâce à lui que les étudiants ont pu entrer en contact avec la langue française vivante et la littérature contemporaine. En outre, c’était Léon Chollet qui présidait habituellement les comités d'attribution des bourses d'études.

D´abord lecteur, puis maître de conférences et finalement professeur titulaire, Léon Chollet fut l'âme de l'enseignement du français depuis la première année scolaire 1922/1923 sans interruption jusqu'en 1950, date à laquelle il a été contraint de partir pour des raisons politiques. C’est Chollet qui a formé les bases de l'enseignement de la langue et de la culture françaises à la Faculté des Lettres. Son rôle est devenu très important surtout après le départ des professeurs tchèques. Dans les temps difficiles de la Seconde guerre mondiale et juste après, quand il était, en 1946, nommé responsable du Séminaire, sa présence donnait une importante continuité à la qualité de l’enseignement.

Or, de nombreux faits concernant cette figure importante de la romanistique slovaque ou tchécoslovaque restent inconnus, sa trace se perd après son départ de Slovaquie, et jusqu'à récemment nous ne connaissions même pas le lieu et la date de sa mort, les sources sont rares et même les recherches dans diverses archives n'ont pas révélé beaucoup de faits. Quoi qu'il en soit, nous savons que Léon, Marie-Joseph Chollet est né le 9 mars 1883 à Saint-Brieuc en Bretagne (une autre date de naissance donnée dans certains documents de l'histoire de la Faculté des Lettres est erronée), et lors de nos recherches dans les archives municipales de sa ville natale, les archivistes nous ont fourni son acte de naissance qui porte également une note de décès – il est décédé le 3 juillet 1959, neuf ans après avoir quitté la Slovaquie, dans la ville de RisOrangis près de Paris. La mairie de cette ville nous a plus tard envoyé la copie de son acte de décès qui confirme cette date, mais nous ne possédons pour l’instant aucune information supplémentaire sur son séjour dans cette ville.

Léon Chollet était déjà arrivé en 1909 comme lecteur de français à l'Université Charles, à l'époque où le poète Paul Claudel était consul de France à Prague (1909 – 1911). Lors de la Grande guerre en 1914 – 1918, il s’était engagé comme soldat dans l'armée française et en 1919, il est retourné à Prague comme lecteur, mais quelques années plus tard (le 17 avril 1922), il a été appelé par le ministère des affaires étrangères comme lecteur à Bratislava à la Faculté des Lettres nouvellement créée, où il a commencé à enseigner le français dès la première année universitaire, se trouvant ainsi littéralement au berceau du Séminaire roman.

Selon les documents des archives de la Faculté des Lettres, Léon Chollet a enseigné cinq heures par semaine à partir du semestre d'été 1923, dont trois heures de travaux pratiques et deux heures de cours de littérature, puis cinq heures de langue et trois heures de littérature. Il est donc notable que dès le début, il a enseigné non seulement la langue mais aussi la littérature, et a organisé des séminaires d'analyse de textes littéraires de difficulté variable, ce qui signifie qu'il utilisait dans son enseignement des méthodes universitaires françaises, inconnues en Slovaquie jusqu'alors. Dans les rapports annuels et les évaluations des professeurs, son travail est apprécié, et il est désigné comme “un expert exceptionnel de la littérature françaiseˮ (Vladimír Buben, 1939, Archives de la Faculté des Lettres). En 1928, le doyen de la faculté, Antonín Kolář, lui décerne la distinction du mérite civique et l´année suivante, en 1929, il reçoit du président de l´Université la haute distinction tchécoslovaque Řád bílého lva (L´Ordre du lion blanc), dont un grade plus élevé lui sera décerné encore un fois, en 1947. En 1932, ses collègues Buben et Kopál demandent pour lui au Ministère tchécoslovaque de l'éducation le poste de professeur titulaire, ce que le ministère refuse au motif qu'il avait été nommé lecteur de langue et qu'il n'avait pas des qualifications suffisantes.

Cependant, Chollet avait en effet une connaissance approfondie de la littérature française, l´enseignait en même temps que les professeurs tchèques, et les a remplacés complètement après leur départ en 1939 jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Après la guerre, son rôle s'accroît encore, puisqu'il est enfin nommé professeur titulaire de littérature française en 1946 et devient le responsable du Séminaire roman. Dans les trois années suivantes, il a pu recevoir des spécialistes français invités dans le cadre de la Mission universitaire française, créée en Tchécoslovaquie en 1945, qui avait un statut spécial pour Bratislava. Le Département de français était alors en contact direct avec des historiens, littéraires et critiques français qui venaient à Bratislava (par exemple Tristan Tzara, Pierre Emmanuel, Julien Benda) et donnaient des conférences pour un large public, et aussi avec des professeurs des universités françaises, invités pour enseigner à la Faculté des Lettres et à l’École de Commerce (Tomčík 1995, pp. 30 – 31). Par le biais de la Maison de France, créée à Bratislava en 1947 et fermée en 1951, ces professeurs étaient aussi en contact étroit avec le public culturel de Bratislava. Le nombre d‘étudiants inscrits à ce programme était d’environ 600 en 1948. (Ráková 2011, pp. 87 – 90).

Avec les changements intervenus après février 1948 et l´avènement du parti communiste cette mission a pris fin, tous les projets de collaboration ont été interrompus et Léon Chollet lui-même, comme citoyen d’un pays occidental, a été contraint de partir en août 1950. Par une ironie du destin, sa démission de l'université, et donc son expulsion de Tchécoslovaquie, a été signée par Ladislav Novomeský, alors président de l'Assemblée des commissaires à l'éducation de Slovaquie (Predseda Zboru povereníkov), grand poète et amoureux de la culture française – bien qu'il ait lui-même été persécuté peu après.

Ses méthodes d´enseignement

L'importance de la présence de Léon Chollet à la Faculté se manifeste par la liste de ses cours, qui se trouvent dans les Archives de la Faculté des Lettres. D´après celles-ci, le choix de ses thèmes variait chaque année, prenait en considération des mouvements récents et mettait l´accent sur les nouvelles méthodes d´enseignement et sur l’analyse des textes. Ses méthodes ont ainsi donné aux étudiants slovaques une idée de l'enseignement universitaire en France et aussi une nouvelle vision de la littérature. Il a formé la première génération de futurs traducteurs et historiens de la littérature, qui ont acquis de solides connaissances et n'ont jamais oublié leur maître “papaˮ Chollet. Parmi eux figuraient, par exemple, le critique littéraire Jozef Bžoch, le philosophe Teodor Münz, l'historien de la littérature Ján Števček, les traducteurs Michal Bartko ou Soňa Hollá.

Cependant, lors de son séjour de 28 ans à Bratislava, Chollet a également joué un rôle plus large dans les relations franco-slovaques et la diffusion de la culture slovaque en France. Il était en contact avec les écrivains Elena Maróthy-Šoltésová et Jozef Gregor Tajovský, avec l'historien de la littérature Rudolf Klačko, les traducteurs Andrej Kostolný et Ján Paulíny-Tóth, et avec le littéraire suisse William Ritter, admirateur de la Slovaquie. Comme on peut le voir dans ses lettres à Elena Maróthy-Šoltésová1, il a bien appris le slovaque et a traduit lui-même quelques ouvrages, dont le plus important fut le livre autobiographique d'Elena MaróthyŠoltésová Moje deti traduit sous le titre Mes enfants du berceau à la tombe en collaboration avec Ján Paulíny-Tóth et publié en France en 1934 (Šoltésová 1934). Il a également contribué à la promotion de la littérature française en Slovaquie en rédigeant les postfaces de plusieurs traductions, comme du roman d'Anatole France Le Lys rouge (1933) ou du Disciple (1930) de Paul Bourget.

Après son départ forcé de Tchécoslovaquie en 1950, il s'est réfugié à Ris-Orangis près de Paris, où il est mort, mais nous ne savons pas s'il est resté en contact avec la Slovaquie pendant les neuf dernières années de sa vie, ni s'il a publié autre chose.

Quoi qu'il en soit, Léon Chollet a jeté les bases d'une connaissance universitaire de la langue et de la littérature françaises en Slovaquie, et nous le commémorons comme l´un de nos grands précurseurs.

2. 1949 – 1974 L´APRÈS-GUERRE ET UNE ÉTAPE NOUVELLE DES ÉTUDES FRANÇAISES

Dans l'après-guerre, une nouvelle étape importante voire charnière dans l’évolution des études françaises a été marquée par l´arrivée au Séminaire de deux littéraires, Anton Vantuch et Jozef Felix, bien qu'ils ne soient tous deux restés que peu de temps. Anton Vantuch, littéraire, mais aussi philosophe et historien, y a travaillé de 1949 à 1959 et a également été contraint de partir, bien qu'il soit revenu plus tard à temps partiel (1968 – 1974) et Jozef Felix, critique littéraire, traducteur et éditeur, y enseignait d´abord de 1955 à 1960 comme employé externe puis, après de vains essais pour obtenir un emploi à plein temps, seulement pour six ans de 1967 à 1974 en tant que chef du département, mais sans pouvoir obtenir le titre de professeur, et a finalement connu un sort similaire de départ forcé. Ces deux personnalités, Vantuch et Felix, avec Chollet, ont pourtant, malgré leurs destins politiques compliqués, ouvert de nouvelles perspectives dans les études françaises universitaires par la qualité de leur enseignement et les ouvrages quíls ont publiés.

Anton Vantuch – enseignement interdisciplinaire entre littérature, philosophie et histoire

Anton Vantuch (1921 – 2001) était en quelque sorte lui aussi continuateur des professeurs tchèques à la Faculté des Lettres de Bratislava, étant originaire de Moravie et ayant étudié à l’Université Charles et à l’Université Masaryk. À titre de curiosité notons que dans les Archives de la Faculté des Lettres se trouve le protocole de son concours d´admission, d’après lequel des trois candidats à ce poste, Anton Vantuch était choisi à la recommandation (et par la décision) de Léon Chollet.2

Après le départ de ce dernier, en août 1950, Anton Vantuch était pratiquement le seul à enseigner la littérature, la civilisation, à donner des conférences et à diriger des séminaires. Dans l’évaluation annuelle de son travail de 1952 nous pouvons lire: « Dr. Vantuch exerce seul le travail d´assistant, de directeur du séminaire et de conférencier au sein du département où deux places ont été créées et occupées, parce qu´ il n´y a pas dans ce domaine de professeur qualifié. »3

À partir de 1955, il était en plus chef de la Bibliothèque du Séminaire roman et dirigeait « Le cercle des jeunes romanistes » (Vedecký študijný krúžok) au sein duquel les jeunes chercheurs travaillaient sur des sujets soigneusement choisis de littérature française et il animait aussi « Le cercle des philologues modernes » (Kruh moderných filológov) avec le germaniste Viliam Schwantzer, qui était à l’époque son responsable. L‘une des activités principales de ce cercle était l’organisation des conférences des spécialistes de Tchécoslovaquie ou de l’étranger à l’Université. À part ce travail, Anton Vantuch a fait ses propres recherches : en 1950 il a soutenu son « petit doctorat », puis en 1958 il a soutenu à l’Université Charles sa thèse de doctorat sur la poésie médiévale française, alors quíl avait commencé à publier dès l’année 1954. Pendant ses années à l’Université, il a mené surtout des recherches sur Montesquieu : en 1958 il a publié un article tout à fait original, Montesquieu na Slovensku (Montesquieu en Slovaquie) dans lequel il essaie de reconstruire, en tant que premier historien slovaque – et sachant parfaitement que le manuscrit relatant ce voyage était perdu – le voyage de Montesquieu à travers les villes minières de Slovaquie (Haute Hongrie de l‘époque), et révèle des faits nouveaux. L’article, plus tard publié aussi en français, était apprécié même par le milieu français comme une découverte et devait constituer le noyau de son travail d´habilitation qui n’a finalement pas eu lieu. Ce n´est que beaucoup plus tard que cet article avec d´autres a constitué sa monographie Montesquieu – zápas o dielo (1978)4.

Depuis ses débuts, Vantuch était aussi un excellent traducteur de prose, comme par exemple de deux livres de nouvelles de Maupassant (1953, 1957), des Lettres persanes de Montesquieu (1968) et beaucoup d´autres, mais plus encore traducteur de la littérature dídées : il a traduit entre autres les Essaisde Michel de Mointaigne (1975) ou Le Discours de la Méthode de René Descartes (1954).

Tout ce travail lui permettait aussi, si l’on peut dire, de garder vivant l’esprit critique libre autant que cela était possible dans la période des années 1950.

On peut le voir aussi dans ses rapports annuels où il écrit, entre autre: « Mon effort était d´apprendre aux étudiants ľ acharnement et la ténacité, le sens d´observation littéraire et la logique de l’évolution de diverses époques »5. Sa position était compliquée : sans avoir réellement le poste, il assumait le travail du professeur et du chef du département d´une langue occidentale dans l’atmosphère politique lourde, tout en essayant de l’adoucir et de propager de vraies valeurs de la littérature française, par exemple en présentant des grandes figures de la pensée des Lumières . Ce travail correspondant au libre fonctionnement individuel et institutionnel devait tôt ou tard causer de la méfiance. Ainsi, en 1959, il a en effet été contraint de partir pour des raisons idéologiques et n’a pu revenir qu à temps partiel entre 1968 et 1974.

L‘apport de sa méthode d´enseignement

Sa méthode d´enseignement, dominée par l´ouverture vers l’étranger, une vision profondément historique, culturelle et européenne des faits, par l’esprit libre et la pensée critique inspirés par ses auteurs préférés de la Renaissance et des Lumières et aussi par une interprétation claire et naturelle des faits donnait dans les tristes années 1950 aux étudiants un exemple exceptionnel. Tout cela fut combiné dans ses ouvrages avec des procédés rigoureusement scientifiques et un travail minutieux avec des sources. Ce n´est pas en vain que Jozef Felix, son collègue et ami ľ avait décrit par ces mots :

« Ce qui caractérise la personnalité et l’œuvre d’Anton Vantuch, c´est sa polyvalence. J´entends par cela sa capacité de voir les faits littéraires et historiques dans des rapports culturels, dans le contexte européen, mondial (…) Cette approche se trouve dans tous ses ouvrages (…) Tous ses articles sont littéralement des exemples de la rigueur scientifique qui lui permet d’une manière nouvelle et plus profonde d’interpréter des sources, mais en même temps il découvre de nouvelles sources par la recherche dans les archives. » 6 (Felix 1971, p. 15)

Jozef Felix et sa méthode historique

L'historien et critique littéraire, traducteur, théoricien de la traduction, éditeur, enseignant d'université, mais surtout romaniste et philologue, Jozef Felix (1913 – 1977), est aujourd’hui considéré comme le plus brillant romaniste slovaque – connaisseur de la littérature française, mais aussi italienne et espagnole. Son immense œuvre comporte des centaines d´articles, d´essais, de comptesrendus, de traductions et plusieurs livres sur différentes époques et écrivains des littératures romanes, mais aussi slovaques, des éditions critiques d’ouvrages jusqu’alors inédits en Slovaquie dont il était lui-même auteur, traducteur ou éditeur. Il s’intéressait en particulier à des époques éloignées dans le temps, comme le Moyen Âge, la Renaissance ou le XVIIe siècle, connaissait profondément la tradition littéraire européenne, se sentait attaché à l‘œuvre de grands « classiques » et chercha à les diffuser systématiquement dans son époque et son pays. Pourtant, il avait une conscience aiguë du rapport avec la littérature moderne. Jozef Felix appartenait sans exagération au type d'humanistes polyvalents tels que nous les connaissons depuis la Renaissance, à commencer par sa connaissance des langues : il connaissait le français contemporain, ainsi que différents dialectes du français médiéval, car il a traduit et interprété la poésie des troubadours et des trouvères, mais aussi l´œuvre intégrale de François Villon en collaboration avec divers poètes. Il maîtrisait l'espagnol contemporain ainsi que celui du XVIe siècle, car il a traduit et commenté d´un côté les essais de Miguel de Unamuno, et de l´autre côté il a préparé la traduction intégrale de Don Quijote de Cervantès (1950). Il connaissait l'italien contemporain, mais aussi le toscan des XIIIe et XIVe siècles, ayant traduit et commenté entre autres les proses de Boccace et surtout La Divine Comédie de Dante en collaboration avec le poète Viliam Turčány (1964, 1981), il s'inspirait aussi de sources allemandes et anglaises et, bien sûr, en véritable humaniste, il maîtrisait le latin ancien et médiéval et en partie aussi le grec ancien.

Comme nous l’avons dit, il a travaillé au Séminaire pendant différentes périodes relativement courtes et avec de nombreuses contraintes causées par la situation politique des années 1950 puis 1970, d´abord comme employé externe de 1955 à 1960 et puis en tant que maître de conférences et non professeur pour seulement six ans de 1967 à 1974. Finalement, en 1974, au temps de la « normalisation » , il se résignait, il a démissionné et a passé ses dernières années à l’Institut des recherches littéraires de l´Académie slovaque des sciences.

Il est tout à fait symptomatique qu’il n’ait été nommé professeur qu’en 1992 « in memoriam », lors d’une étape nouvelle après la Révolution de velours, qui avait su enfin le réhabiliter et lui rendre hommage aussi par la publication de ses œuvres et surtout par la création d’un fonds d’aide à la publication des livres français en Slovaquie, soutenu par le Ministère des Affaires Etrangères de la République française, et qui portait son nom – Fond Jozefa Felixa (Fondation Jozef Felix). Cette fondation a soutenu la publication d’une centaine d´ouvrages littéraires et scientifiques, mais n´existe malheureusement plus aujourd´hui.

Jozef Felix a apporté à l´orientation du Séminaire la notion des valeurs universelles, ainsi que la notion de continuité : continuité entre le classique et le contemporain, entre les cultures slovaque et française, entre la haute érudition et le monde des lecteurs ou des étudiants. En ce sens, il était surtout médiateur des valeurs éthiques de la culture française, ou autrement dit médiateur de la culture française en tant que représentante des plus hautes qualités.

Jozef Felix avait une sensibilité extraordinaire pour la littérature et des relations littéraires. En cela, il est devenu littéralement pionnier des nouvelles méthodes de recherche, surtout en ce qui concerne les lettres anciennes. Vers le milieu des années 1940, il a mis au point sa conception originale de l'interprétation et de la traduction d'une œuvre littéraire, caractérisée par la perception des liens profonds entre les faits littéraires, culturels, historiques et éthiques, que nous avons appelée la « méthode historique » (Truhlářová 2008, pp. 17 – 76). L'essence de cette méthode résidait dans l'effort d'approcher l'auteur et son monde dans sa totalité, en analysant (et reconstruisant dans la version traduite), si possible, toutes les qualités du texte et du contexte littéraire, culturel, esthétique, historique, éthique. Félix a appliqué cette méthode pour la première fois dans ses traductions et analyses de François Villon, puis dans ses travaux sur Dante, Molière et beaucoup d´autres. Cette méthode se systématisait plus tard et elle est devenue une inspiration et même une obligation pour les futures générations d’historiens de la littérature et traducteurs.

L‘ aspect pédagogique de son travail

Modernité du traditionnel ou traditionnalité du contemporain, telle pourrait être la caractéristique principale de l´entreprise de Jozef Felix qui, malgré la diversité des sujets abordés, formait un ensemble cohérent. De son énorme travail, deux aspects furent particulièrement importants pour la formation des étudiants, et dans un sens plus large, pour la formation de tous ses contemporains:

C’était d‘abord ce que l’on pourrait nommer la profonde connaissance des liens littéraires et culturels dans la perspective historique et géographique. Felix connaissait bien la tradition littéraire européenne et cherchait toujours des liens intertextuels et interculturels dans les phénomènes analysés. Pour attirer un public plus large, non seulement celui des universitaires, il souligna le rapport avec la littérature moderne et aborda « l'ancien » et le « nouveau » dans une optique de correspondances permanentes.

Deuxièmement c’était le travail « pédagogique » proprement dit qui correspondait à son travail concret d´enseignant, d’abord dans divers lycées, puis à l‘Université Comenius, mais aussi à la rédaction de nombreux articles, critiques de traductions, rapports publiés ou non publiés sur des ouvrages récents, donc pour ainsi dire un travail en contact vivant avec son actualité dans le but d‘améliorer les connaissances et le savoir-faire de ses étudiants ainsi que de ses collègues traducteurs, critiques littéraires et même écrivains en les attirant vers une dimension plus « européenne » de leur culture.

Ces deux aspects furent liés avec ce qu’on pourrait appeler « La propagation constante de la notion de „ modernité“ qui caractérisait l’ensemble de ses activités et cela dans un sens très large du terme : dans le sens de montrer la modernité des époques éloignées dans le temps, donc d’auteurs comme Villon ou Dante, mais aussi dans le sens de préconiser la modernité de la réflexion sur l’histoire et la civilisation (comme par exemple insister sur l’ usage des sources les plus contemporaines possibles, malgré la difficulté de se les procurer à l´époque) et aussi la modernité dans ce qu’il voyait comme le but principal de la culture et de la littérature : former des personnalités cultivées, épanouies, qui ne seraient pas limitées par des barrières politiques, sociales ou culturelles, une très haute vision, humaniste et noble, de la personne humaine, par le moyen de la littérature et la culture.

Jozef Felix fut donc l’un de nos premiers historiens de la littérature qui a systématiquement cherché les ponts entre l’Occident et l’Orient, c ‘est à dire l ‘Europe de l’Est et qui essayait résolument de sortir la Slovaquie du provincialisme de sa propre culture. Dans un de ses derniers articles, il formule lui-même son crédo :

« Mon désir (et aussi l’une des raisons d’être de mon travail) est d’atteindre le but que notre littérature s’empreigne le plus possible des valeurs de la littérature dite mondiale. Je pense que les représentants des littératures des petites nations peuvent, eux aussi, devenir mondiaux; mais, bien sûr, seulement au prix d’un accueil intime des valeurs éthiques et esthétiques (…) de cette littérature mondiale. Et non par le biais de l’imitation.» (Felix 1991, p. 403)

La conception axiologique du monde et de l’homme, visant les plus hautes qualités culturelles, originale et inédite dans le contexte culturel slovaque de l´aprèsguerre a ainsi fonctionné aussi sur le développement de la littérature slovaque, et en cela il a joué un rôle du médiateur culturel par excellence.

CONCLUSIONS

Ces trois personnalités, Chollet, Vantuch et Felix ont créé ce que nous appelons aujourd'hui la discipline des « études françaises », formant les premières générations de traducteurs, universitaires, enseignants et diplomates importants.

Si nous comparons leurs méthodes de pensée et d’enseignement, nous nous rendons compte qu´elles furent en quelque sorte similaires. On pourrait même dire que´elles se complétaient et anticipaient même un peu les procédées de l´histoire et anthropologie culturelles, disciplines qui ont commencé à se répandre systématiquement en Slovaquie seulement vers la fin du XXe siècle.

Il semble aussi que dans l’histoire des approches scientifiques utilisés depuis la fondation du département, ce sont surtout leurs méthodes qui ont le plus formé les études françaises universitaires et la réflexion littéraire. C´étaiant leurs continuateurs immédiats au Département des Études romanes qui en ont surtout profité : Štefan Povchanič, Viola Cígerová, Michaela Jurovská ou Ján Taraba et d'autres dont certains ont ensuite co-fondé des études françaises dans d'autres universités.

Bien entendu, de nouvelles méthodes scientifiques ont été promues plus tard dans les études françaises quant à la théorie littéraire ou la linguistique. Cependant, l´héritage de ces personnalités en tant que fondateurs reste vivant et peut-être encore plus aujourd'hui qu’ il a encore quelques années : après des périodes de diverses mouvements théoriques et linguistiques des années 1980 et suivantes, il semble que c´est de nouveau cette approche universaliste visant une profonde contextualisation littéraire, historique et culturelle de l’œuvre, des relations interdisciplinaires, et même transdisciplinaires dans la perspective axiologique et dans l´anticipation de la mémoire culturelle, qui retrouvent leur validité et redeviennent la clé de l'élucidation du monde et des cultures. En ce sens Anton Vantuch et Jozef Felix, précédés par Léon Chollet, furent en Slovaquie ses premiers précurseurs. Leur œuvre pédagogique et scientifique continue d’ étonner jusqu´à aujourd´hui par leur savoir, par leur pensée critique, mais aussi par leur fraîcheur et la manière très naturelle de dire les choses, qui est d´autant plus admirable que nous savons dans quelles conditions difficiles elle était souvent conçue. Au département d’Études romanes de l’ Université Comenius, nous puisons dans ces valeurs et nous essayons d´être leurs dignes continuateurs.

NOTES

1. Correspondance inédite entre Léon Chollet et Elena Maróthy-Šoltésová en slovaque comportant quelques lettres (datant de février-juillet 1933) sur la traduction française du livre Moje deti de cette dernière. SNK Martin (Bibliothèque nationale slovaque, Martin) Archives littéraires. Dossier E. M. Šoltésová.

2. Archives de la Faculté des Lettres de l’Université Comenius (noté désormais AFL UC). Dossier personnel d‘Anton Vantuch. Protocole du 8.4. 1949.

3. AFL UC, dossier personnel d’Anton Vantuch.

4. Anton VANTUCH, Montesquieu na Slovensku.In: Slovenská literatúra, 5, 1958; Anton VANTUCH, Le voyage en Slovaquie de Montesquieu et l´expérience hongroise dans l‘Esprit des Lois. In: Studia historica slovaca I ; Insitut historique de l´Académie slovaque des sciences, Bratislava, 1963, 96 – 110.

5. AFL UC, dossier personnel d’Anton Vantuch. Lettre à la direction de la Faculté du 7.7. 1959.

SOURCES

Archives

Archives municipales de Saint-Brieuc, France

Archives départementales des Côtes-d´Armor, France

Archív Filozofickej fakulty Univerzity Komenského (Archív FiFUK).

Literární archiv. Památník národního písemnictví. Strahovský klášter, Praha (LA PNP).

Literárny archív. Slovenská národná knižnica. Martin (LA SNK).

Mairie de la ville de Ris-Orangis, Francúzsko.

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