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LES MOTS POUR RIRE

https://doi.org/10.53656/for23.202lesm

Резюме. Résumé. L’article examine l’origine des mots désignant ‘rire’ dans les langues indo-européennes. Les changements sémantiques sont analysés à partir de la relation ‘A’ > ‘rire’, A étant le sens source. Les descendants d’une seule racine ayant le sens premier ‘rire’ sont répandus dans plusieurs langues indo-européennes : la racine *smey-. Comme on pouvait s’y attendre, la source la plus fréquente des mots pour rire sont certaines notions primaires liées à des sons différents. D’autres développements sémantiques proviennent de mots ayant le sens premier ‘montrer ses dents, faire une grimace’, ‘brillant, joie’, ‘plaisir’ et ‘éclater, fendre’, ce dernier donnant également lieu à des expressions telles que le français ‘éclater de rire’.

Ключови думи: Mots-clés: étymologie ; émotions ; rire ; typologie sémantique

Le rire nous accompagne depuis le début de l’histoire humaine et dès notre naissance, il apparaît même avant le langage. C’est une réaction physique agréable, une expression sonore provoquée par des émotions positives comme la joie, le bonheur, le soulagement. Le rire peut être provoqué par le chatouillement ou par le comique. Il existe aussi le rire nerveux provoqué par l’anxiété, le stress ou la confusion. Le rire augmente les taux des neurotransmetteurs sérotonine et dopamine et possède un important rôle social et communicatif.

Le rire n’est pas propre seulement à l’espèce humaine – les primates (les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans), les dauphins, les chiens et même les rats rient aussi (Simonet, Versteeg & Storie 2005; Wöhr & Schwarting 2007; Davila Ross, Owren & Zimmermann 2009).

Cet article ne se pose pas pour but d’examiner pourquoi les hommes rient, les causes et les lois du comique. Les plus grands penseurs, depuis Aristote, dit Henri Bergson, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique (Bergson 1900, p. 9). Nous nous tiendrons à distance des approches philosophiques de ce phénomène.

Il est intéressant de noter ici une observation du psychologue américain Robert Provine : « La plupart des rires humains ont lieu au cours de conversations ordinaires plutôt qu’en réponse à des tentatives structurées d’humour, telles que des blagues ou des histoires. » (Provine 1996).

Nous devons considérer le rire en relation avec le pleur puisque ces deux phénomènes se trouvent aux deux extrémités du langage. On sait bien que le rire est étroitement lié à son contraire émotionnel, le pleur, et ce n’est pas rare que les deux réactions se mélangent. Il est de même vraisemblable que le rire et le pleur soient étroitement liés du point de vue phylogénique (Hess 2008: p. 2473).

Le but de cet article est de voir comment les hommes ont nommé ce phénomène, de révéler les différents chemins de l’évolution sémantique que nous retrouvons dans les langues indo-européennes, anciennes et plus récentes. Cette analyse ne peut pas s’effectuer sur un plan relativement synchronique. Notre dessein n’est pas d’ailleurs de reconstruire la pensée primitive. Cet article a plutôt pour cadre le domaine de la typologie sémantique puisque la tâche qu’il se propose est de trouver des changements sémantiques réguliers et prévisibles qui se reproduisent et se croisent dans les langues indo-européennes.

Dans son Dictionnaire des synonymes dans les langues indo-européennes, C. D. Buck remarque avec justesse qu’un grand nombre de mots signifiant ‘rire’ sont liés étymologiquement aux mots signifiant ‘sourire’1, comme est le cas de lat. subrīdeo ‘sourire’ et de gr. χαμο-γελάω, des formations où le sourire est perçu comme un petit rire. Il indique aussi qu’une grande partie des mots dénotant le rire proviennent de notions primaires avec le sens de ‘bruit, son, cri’ et dans quelques cas ‘montrer ses dents’ (Buck 1949, pp. 1104 – 1105). Nous essaierons de compléter ce tableau.

I. Mots ayant le sens primaire ‘rire’

Il est probable que la racine indo-européenne *smey- ait eu le sens primaire ‘rire’ (IEW 967, LIV 568). À cette racine appartiennent skr. smáyate ‘sourire, rire’, gr. μειδάω ‘sourire’, tokh. A. smimāṃ ‘riant’, B smiyäṃ ‘rire’, let. smeju, smiêt ‘rire; se moquer’, protoslave *smьjati ‘rire’, *směxъ ‘rire’ (subst.), v. bulg. смити сѧ ‘rire, être joyeux’.

De cette racine provient aussi l’adjectif latin mīrus étonnant, merveilleux’. Selon Vine mīrus est une formation secondaire adjectivisée issue à partir d’un nom neutre mīrum/mīra basée sur un vieux nom collectif *smey-reh2 (Vent 2002, p. 334). On peut supposer que le sens ‘étonnement, surprise’ s’est développé en relation avec l’expression faciale de l’étonnement dont un des éléments est la bouche grande ouverte. Une pareille évolution sémantique peut être observée dans skr. vi-smita‘étonné, surpris, perplexe’, contenant le préfixe intensif -2 et rattaché à smáyate ‘sourire, rire’.

D’autre part, une autre explication de ce développement sémantique est possible si on compare avec le mot français marrant ‘drôle’ dont le deuxième sens est ‘étonnant, bizarre’. Cet adjectif est issu du verbe se marrer ‘s’amuser beaucoup, rire sans retenue’ qui en ancien français signifie ‘s’ennuyer’ et par antiphrase ‘rire (amèrement) de quelque chose qui devrait plutôt faire pleurer’ (CNTRL). Dans ce cas il s’agit sans doute d’un développement sémantique qui est plus abstrait et est fondé sur la perception de ce qui est singulier, étrange et étonnant, à savoir ce qui dévie des normes de la société, en tant que ridicule, risible ou amusant. Comme l’indique Bergson (loc. cit.) le rire est un outil de correction : « Le rire est, avant tout, une correction. Fait pour humilier, il doit donner à la personne qui en est l’objet une impression pénible. La société se venge par lui des libertés qu’on a prises avec elle. »

II. Faire une grimace, montrer ses dents

Les mots de ce groupe témoignent probablement d’une évolution sémantique inverse à celle que nous observons dans lat. mīrus. Le sens de ‘rire’ se développe ici à partir de la grimace caractéristique du visage qui rit : la bouche grande ouverte et les dents qui se montrent.

1.1. Les mots norv. flirerire (souvent malicieusement)’, fline ‘sourire’, suéd. dialect. flina ‘rire avec la bouche ouverte, montrer les dents, pleurer’, dan. dial. grin ‘rire de façon moqueuse ou indécente’ proviennent selon Pokorny (IEW 834) dе la racine indo-européenne *pleHi- ayant le sens de ‘nu, chauve’, cf. norw. dial. flein ‘nu, chauve’, fleina ‘devenir chauve’ et ‘montrer ses dents ; rire, ricaner’, lit. plìkas, let. pliks ‘chauve’, proto-slave plěšь ‘calvitie’. Le sens de départ serait ‘rire avec des dents nus’ (https://naob.no/ordbok/flire_1). Une évolution sémantique parallèle peut être observée en roumain a zâmbi ‘sourire’ qui provient de v. bulg. зѫбъ ‘dent’, cg. bulg. зъбя се ‘montre ses dents’.

1. 2. D’un sens primaire ‘grimacer, montrer ses dents’ se développe le sens ‘faire une grimace, sourire largement, rire’ des mots germaniques provenant de protogerm. *grīnan- : v. norr. grína ‘grimacer, rire largement’, far. grína ‘sourire largement, rire’, norv. grine ‘grimacer, gémir, hurler, dan. grine ‘grimacer; rire’, angl. grin ‘rire largement’, v. h. a. grínan ‘aboyer, hurler, gronder’, m. h. a. grinen ‘rire largement, montrer ses dents’, all. greinen ‘gémir’. Selon Kroonen les mots germaniques avaient le sens primaire ‘flamboyer, briller soudain’ qui se serait développer en ‘dénuder, montrer ses dents’ et sont apparentés à v. irl. grían ‘soleil’ (Kroonen 2013, p. 190). Il cite aussi dan. grine ‘envoyer une lumière perçante (par exemple du soleil), éclairer dans l’obscurité’ et surtout far. grimir ‘il commence à faire jour’.

Il est à noter que dans ce cas nous observons une évolution sémantique inverse à celle qui est abondamment attestée dans le matériel linguistique ci-dessous : à partir des mots ayant le sens originel ‘rire’ sont issus des mots des sons animaux et humains : ‘gémir’, ‘hurler’, aboyer’.

III. Bruits, sons, onomatopées

Comme on peut s’y attendre, ayant en vue l’essence acoustique du rire, le plus grand groupe de mots désignant ce phénomène provient de différents sons et bruits.

1. Onomatopées, bruits, crier, cris animaux

1.1. Le mot sanskrit gharghara- ‘cliquetis, claquement, gargouillement ; rire’ est d’origine expressive et est rattaché à lat. hirriō ‘gronder, pour un chien’, v. angl. gierran ‘sonner, tinter, grincer, babiller, bavarder’, all. girren ‘roucouler’, russe slavon d’église гъркати ‘roucouler’ (IEW 439).

1.2. Une onomatopée très répandue dans les langues indo-européennes est construite sur la base de l’interjection exprimant le rire : hitt. hahhars-, skr. kakhati ‘rire’, arm. xaxank ‘rire’ (subst.), gr. καχάζω ‘rire fort’, lat. cachinnō ‘rire aux éclats’, protoslav. xoxotati ‘rire aux éclats’.

1.3. russe гоготать ‘pousser des cris saccadés ; rire aux éclats’, néerl. gaggelen ‘pousser un bruit ou un cri aigu et interrompu, comme le fait l’oie ; rire vivement, caqueter’, cf. m.h.a. gāgen, gāgern (aussi gīgen) ‘crier, caqueter comme une oie’, lit. gag, -eti ‘bavarder’, gagà ‘Eider à duvet’; let. gâgát ‘crier comme les oies’, gâgars ‘oie’.

1.4. v. fris. hlakkia ‘rire’, rattaché à v. isl. hlakka ‘crier pour l’aigle’, lit. klegėti ‘rire aux éclats’ apparenté à lit. klagėti, let. kladzet ‘grouiller, claqueter, bavarder, ricaner’. Ces mots proviennent des formations onomatopéiques *kleg-, *klēg-, *klang- d’où sortent aussi gr. κλαγγή ‘cri de la grue, du porc, tout son vif, perçant qui « claque »’, lat. clangō ‘sonner, résonner, faire retentir, trompeter (en parlant de l’aigle), mugir’.

1.5. V. irl. gáire ‘rire’ (subst.), rattaché à gáir ‘cri, appel’, m. gall. geir ‘mot’, proviennent de la racine indo-européenne *ǵeh₂r- ‘crier, appeler’ (Matasović 2009, p. 152) d’où gr. γῆρυς, ‘voix articulée, parole’, lat. garriō ‘gazouiller, babiller, jaser’. Les mots germaniques issus de cette racine témoignent d’un développement sémantique particulier, inverse à celui du celtique : got. kara ‘souci, soin, préoccupation’, v. isl. kǫr, v. angl. cearu ‘souffrance, tristesse, souci’, v. saxon kara ‘tristesse, lamentation’, v. saxon karon ‘se lamenter, se soucier, se plaindre’, v. h. a. kara ‘chagrin, tristesse, repentir’, m. h. a. kar ‘tristesse, lamentation’.

Cette racine indo-européenne est liée à la parole humaine et aurait développé deux sens secondaires : d’une part ‘rire’ et, d’autre part, ‘pleurer, se lamenter’ (d’où les significations de ‘tristesse’, ‘chagrin’ et ‘souffrance’ évoluées par voie métonymique : l’émotion se rattache à son expression vocale).

1.6. De la racine *geh₂r- provient le mot russe граять ‘croasser, rire aux éclats’ qui est apparenté à грай ‘cri d’oiseau’, s.-cr. grȁjati, grájati, slovène grájati ‘blâmer’, rattachés à lit. gróti ‘croasser, croasser, hurler’et à v. h. a. krāen ‘croasser’.

1.7. Le mot russe dialectal кихать signifie ‘rire fort’. Le sens premier du lexème est ‘éternuer’, cf. slavon d’église кихати, bulg. кихам s.-cr. kíhati ‘éternuer’.

1.8. Les verbes celtiques signifiant ‘rire’ m. gall. chwerthin; chwarddaf, m. bret. huerzin. v. corn. hwerthin proviennent de la racine indo-européenne *swer‘retentir; sonner, siffler, parler fort, jurer’, cf. skr. svárati ‘retentir, bruire’, v. norr. sverja ‘jure’, v. bulg. сваръ ‘querelle’ (Matasović 2009, p. 361).

IV. Brillant, joyeux

1. Les mots grecs pour ‘rire’, le substantif γέλως, éol. γέλος et le verbe γελάω, sont issus de la racine *gelh2- dont le premier sens est ‘briller, être joyeux’ (IEW 366–7, DELG 214). De cette racine descendent les mots arméniens de même sens caɫr, gén. caɫu ‘rire, plaisanterie, moquerie’ et le verbe cicaɫrem ‘rire de, se moquer’ (Martyrosian 2010, p. 337) et peut-être caɫ-, caɫik ‘fleur (Martyrosian 2010, p. 336)3.

Ces lexèmes sont apparentés à gr. γαλήνη ‘calme lumineux et calme de la mer ensoleillé’, γαληνός ‘joyeux, paisible’, gr. mod. γαλανός ‘bleu d’azur’, γαλήνη ‘placidité’ (DELG 207 – 208).

Il est intéressant de savoir que de cette racine indo-européenne sont dérivés aussi les mots germaniques provenant de protogerm. *klainiz ‘brillant, fin, splendide, tendre’, d’où sont sortis v. h. a. kleini ‘délicat, fin, petit’, all. klein ‘petit’ et angl. clean ‘propre, pur’ (IEW 366 – 367). Le sens original a été ‘brillant’ d’où se sont développés ‘joli’ et ‘délicat’ (Kroonen 2013, p. 290). Le changement sémantique ‘brillant’> ‘beau’> ‘gracieux, petit’peut être observé dans m. h. a. zierliech ‘délicat, petit’ d’un sens plus ancien ‘décoratif’. L’adjectif est tiré du substantif Zier ‘beauté, bijou, parure’ qui remonte à la racine indo-européenne *deyh2- ‘briller, jour, soleil, dieu’, cf. skr. dīdēti ‘briller’, gr. δῆλος ‘visible, clair’,. (https://www.dwds.de/wb/ zierlich; IEW 183 – 187).

Le développement sémantique ‘éprouver de la joie’ ‘rire’ dont cette racine fait preuve est aussi métonymique allant de la cause au résultat.

D’autre part, nous observons se développer une autre ligne sémantique menant ‘brillant’ et ‘joli’ à ‘petit’ par l’intermédiaire de ‘fin, délicat’.

2. Le verbe suédois glina signifie ‘briller’ et ‘rire’4, apparenté à v. norr. gljā ‘briller’, v. angl. glǣm ‘éclat’, v. h. a. glīmo, gleimo ‘luciole’, angl. gleam ‘briller’. Ces mots sont issus de la racine i.e. *ǵʰley- ‘briller’ d’où viennent aussi χλιαίνω ‘réchauffer, tiédir’, χλιαρός ‘tiède’ et avec un élargissement -s- de la racine v . isl. glissa ‘rire avec mépris’, cf. v. angl. glīsian, glisnian ‘briller’, v. fris. glisia ‘miroiter, clignoter’ (Boutkan & Siebinga 2005, pp. 140 – 141)5. Puisque le stade intermédiaire ‘joyeux’ manque dans le cas du mot suédois on pourrait supposer que le sens ‘rire’ est lié à l’expression du visage joyeux, cf. par exemple gr. γάνυμαι ‘briller de joie’, apparenté à γανάω ‘être brillant, faire briller’.

V. Plaisir

Le plaisir est une autre source du rire et nous trouvons ce lien dans les verbes tokhariens prototokh. A kari(ya)- et B keri(ye)- ‘rire’. Ces formes reflètent prototokh. *keri(ye)- qui provient probablement de *ǵhor(ye/o)-, apparenté à skr. háryati ‘trouver plaisir, désirer’, gr. χαίρω ‘se réjouir’, lat. horior ‘exciter, désirer’, v. h. a. gerōn ‘désirer ardemment’ (Adams 2013, pp. 208 – 209). Toutes ses formes sont issues de la racine indo-européenne *ǵʰer- ‘désirer, languir après’.

VI. Se fendre, éclater

M. angl. scateren ‘fendre’, angl. scatter ‘id.’, shatter ‘éclater, briser’ sont apparentés à néerl. schateren ‘éclater de rire’. Ces mots descendent de la racine indo-européenne *skedH- ‘couper, fendre, briser’ (IEW 918 – 919), d’où sortent aussi σκεδάννυμι ‘disperser’, tokh. AB kät ‘répandre’, lit. kedėti ‘éclater’ (Adams 166 – 167), proto-slav. *ščеdrъ ‘divisant’, v. bulg. щедръ ‘généreux’.

Ce développement sémantique est parallèle aux expressions ‘éclater de rire’ ou ‘burst into laughter’.

Conclusions

Dans les langues indo-européennes nous ne trouvons qu’une seule racine qui possède le sens originel ‘rire’. De cette racine provient aussi l’adjectif latin mīrusétonnant, merveilleux’. Comment on arrive du rire à l’étonnement reste incertain bien que nous ayons osé formuler l’hypothèse que ce développement sémantique puisse être en relation avec l’expression faciale des deux phénomènes dont l’élément commun est la bouche grande ouverte. Cette hypothèse est étayée par la présence d’une formation de la racine *smey- en sanskrit qui fait preuve du même changement sémantique, vi-smita- ‘étonné, surpris, perplexe’.

Le développement sémantique inverse, ‘faire une grimace, montrer ses dents’ rire’, que nous retrouvons dans les langues indo-européennes, soutiennent aussi cette hypothèse. Nous savons que dans certains cas les changements sémantiques sont bidirectionnels.

Il n’est pas surprenant que le plus grand groupe de mots ayant le sens de ‘rire’soit associé à des sens initiaux dénotant des bruits, des cris, des cris d’animaux ou à des onomatopées. Nous avions constaté le même fait en analysant les étymologies des mots signifiant ‘pleur’ et ‘pleurer’ (Mihaylova 2021). Pleurer et rire se trouvent aux deux extrémités du langage. Dans les deux cas nous voyons un lien étymologique qui rapproche ces phénomènes à la parole humaine. La relation étymologique entre le rire est le pleur se manifeste dans la racine *ǵeh₂r- ‘crier, appeler’ qui est liée aussi à la parole humaine (cf. gr. γῆρυς, ‘voix articulée, parole’, lat. garriō ‘gazouiller, babiller, jaser’).

Quant à la relation entre le rire et la parole humaine, on pourrait citer les observations de Provine : La disposition du rire dans la parole s’apparente à la ponctuation d’un texte écrit et est appelée effet de ponctuation. Le rire interrompt rarement la structure de la phrase (Provine 1993).

Deux autres changements sémantiques dont témoignent quelques cas nous mènent à des sens premiers comme ‘brillant’, ‘joie’, ‘plaisir’ et ‘désir’ et ce n’est guère étonnant.

Ci-dessous nous proposons la liste des changements sémantiques que nous avons établis lors de l’analyse étymologique :

montrer ses dents, faire une grimace fl rire

bruit fl rire

briller, être radieux être joyeux rire

ressentir du plaisir rire

se fendre, éclater éclater de rire rire

Il est évident qu’une grande partie des changements sémantiques sont dus à la métonymisation, c’est-à-dire que nous observons des associations naturelles entre la notion du rire et les concepts originels d’où les mots analysés proviennent : ‘montrer ses dents, faire une grimace’, ‘être joyeux’, ‘ressentir du plaisir’. Ces résultats sont en accord avec l’affirmation de Nerlich et Clarke : “metonymy is being discovered as a cornerstone of human cognition and ordinary language use” (Nerlich & Clarke 1999 : 197) malgré le privilège accordé à la métaphore dans les recherches en linguistique cognitive de la deuxième moitié du XXème siècle.

NOTES

1. Souvent il s’agit de collexification.

2. V. aussi EWAia II: 780, sub SMAY : ‘mit ví ‘das Gesicht verziehen, erschreckt dreinblicken’.

3. Pour une analyse formelle des mots grecs et arméniens v. Meissner 2006 : 134– 136.

4. https://kaino.kotus.fi/fo/?p=article&fo_id=FO_f9a354925a3d2c94e05c4091345 75305&word=glina&list_id=25900

5. Il est possible que cette racine soit une variante élargie d’i.e. *ǵʰelh3- ‘briller’, mais aussi les noms des couleurs ‘jaune’ et ‘vert’, cf. skr. hari- ‘blond, jaune, d’or, pâle’ gr. χλωρός ‘vert tendre, jaune pâle’, got. gulþ, v. angl., v. fris., v. h. a. gold ‘or’.

Remerciement. Je tiens à remercier Brice Petit d’avoir échangé et discuté des idées avec moi pendant que j’écrivais cet article, ainsi que d’avoir lu et corrigé le manuscrit. Il va de soi que les erreurs qui subsisteraient restent les miennes.

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RESSOURCES EN LIGNE
CNTRL (National Center for Textual and Lexical Resources): https://www.

cnrtl.fr
DWDS (Digitales Wörterbuch der deutschen Sprache): https://www.dwds.de
Kotimaisten kielten keskuksen: https://kaino.kotus.fi
NAOB (Det Norske Akademis Ordbok): https://naob.no/ordbok/flire_1

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