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Рецензии и анотации

LA LITTÉRATURE BELGE FRANCOPHONE FACE AUX DÉFIS DE LA TRADUCTION ET DE LA RÉCEPTION

https://doi.org/10.53656/for21.49fra

Gravet, Catherine & Lievois, Katrien (dir.), 2021. Vous avez dit littérature belge francophone? Le défi de la traduction. Bruxelles: PIE Peter Lang SA. 442 p.

ISBN 978-2-8076-1649-3.

L’ouvrage collectif Vous avez dit littérature belge francophone ? Le défi de la traduction pose dès la tournure interrogative de son titre un questionnement ouvrant de multiples voies de réflexion et axes d’étude. Les problématiques aussi riches que polémiques sur l’intersection du champ d’une jeune littérature et du domaine de la traduction comme forme de (ré)écriture ou de diffusion ont alimenté la réflexion de seize spécialistes de différents pays. Leurs approches et analyses s’inspirent du corpus d’œuvres littéraires reflétant et construisant une identité culturelle aux repères stables. Des interrogations pertinentes sur les enjeux de la traduction et les spécificités de la réception de la littérature belge francophone traversent et irriguent l’ensemble des contributions rassemblées par Catherine Gravet et Katrien Lievois. Les enseignantes-chercheuses sont à l’origine de ce projet d’envergure visant à soumettre à une étude approfondie les différentes modalités et facettes des processus de traduction, édition et réception d’une littérature qui gagne de plus en plus de lecteurs à l’échelle mondiale.

Dans leur article liminaire « La traduction de la littérature belge francophone. Introduction » les chercheuses se proposent de retracer l’importance primordiale de la littérature pour la consolidation identitaire d’une Belgique indépendante et abordent la question délicate de la mauvaise diffusion des lettres francophones de Belgique en précisant que « Aux difficultés commerciales et culturelles d’être édités et reconnus par des instances de légitimation objectives, s’ajoutent, pour les écrivains belges francophones, une absence de politique de traduction qui seule pourrait pallier le manque de visibilité internationale des œuvres. » (p.11) Ainsi, le défi de la traduction revêt de multiples formes en s’articulant autour de la question percutante et saisissante de lucidité amère : « Être traduit ou ne pas être ? » (p.12) Tel est effectivement l’enjeu substantiel du rayonnement d’un vaste corpus d’œuvres dont les auteurs sont connus et reconnus mondialement mais sans être toujours associés à leur terre d’origine dans l’esprit de leurs lecteurs à l’étranger.

Les directrices de l’ouvrage ont déployé leur projet en deux volets : le premier consiste dans l’élaboration d’un numéro thématique de la revue Parallèles (n° 3 – 1, avril 2020) se fixant l’objectif d’englober les méthodologies traductologiques opérationnelles. Le deuxième, concrétisé dans le volume collectif, vise à dépasser les approches stricto sensu traductologiques pour proposer des lectures transversales et interdisciplinaires dont les outils combinent des compétences littéraires ou sociologiques, sémiologiques ou cantologiques. La diversité des approches et des contenus, la pluralité des genres littéraires et des hypothèses scientifiques ainsi que l’implication de spécialistes internationaux de haut niveau témoignent de la réussite du projet de Catherine Gravet et de Katrien Lievois contribuant ainsi aux avancées significatives dans le champ fertile de la pratique de la traduction et de son étude au croisement de plusieurs disciplines, cultures et cheminements. Les articles sont organisés en quatre parties thématiques qui se complètent et éclairent dans une structure cohérente aux échos internes.

La première partie « Traduction & Création » réunit cinq contributions étudiant différents cas traductologiques sous le signe de la créativité et de l’importance cruciale de l’habitus du traducteur. La figure du traducteur-écrivain cristallise comme un objet d’étude du plus haut intérêt et retient l’attention des spécialistes. Maria Baïraktari développe une analyse de la réception d’un des écrivains francophones emblématiques de l’esthétique symboliste dans son article «L’œuvre de Maurice Maeterlinck en Grèce : traductions et retraductions (1893 – 2018)». Elle propose en annexe un panorama exhaustif des traductions et dresse une typologie des traducteurs grecs au fil des décennies. Un autre représentant éminent du symbolisme belge fait l’objet de l’étude minutieuse d’Irena Kristeva «Traduire Georges Rodenbach : tours et détours des deux versions bulgares de Bruges-la-Morte». L’analyse comparée permet à la professeure d’université et traductrice expérimentée de dégager le degré de recréation « relevante » (Derrida) du texte-source dans les versions du poète expressionniste Guéo Milev et du traducteur professionnel Krassimir Kavaldjiev. La pertinence des choix stylistiques, rythmiques et sémantiques, ainsi que certaines difficultés et défaillances, sont interrogées au prisme des visées de la traduction et du concept de temps historique qui « impose ses valeurs aux modes de traduire » (p.54). L’article suivant porte sur une des plus reconnaissables voix de la chanson francophone et pose la question épineuse « Faut-il traduire Jacques Brel ? ». Stéphane Hirschi recourt à une approche interdisciplinaire et novatrice relevant de la traductologie et de la cantologie pour envisager quelques chansons du point de vue de leur bilinguisme inhérent ou bien des multiples configurations concernant leurs adaptations anglaises et « l’effet sémiotique de la confrontation linguistique » (p.73). Deux autres contributions se proposent d’examiner des versions de romans de Jean-Philippe Toussaint par des écrivains-traducteurs. Ainsi, Juan Miguel Dothas se penche sur la traduction de l’écrivain argentin Diego Vecchio dans « La version espagnole de Fuir de Jean-Philippe Toussaint » dans le but de dégager le « double jeu de possibilité et d’impossibilité de production du sens. » (p.92) Le chercheur constate d’ailleurs que l’œuvre de Toussaint n’exprime pas sa belgitude et le lectorat argentin tend à le percevoir comme un auteur français. Si Dothas relève les multiples interventions du traducteur dans sa version du texte-source, Thea Rimini attire notre attention sur le pont fertile entre pratique traductive et activité créative dans « Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint traduit par l’écrivain-traducteur Roberto Ferrucci ». L’article révèle les enjeux du lien privilégié entre un auteur et son traducteur à travers les choix linguistiques et esthétiques pour ensuite définir le travail traductif comme un «atelier» (p.130) pour Roberto Ferrucci.

«Travail & Archives des traducteurs » est le titre de la deuxième partie regroupant quatre articles dont deux constituent des témoignages de chercheurs-traducteurs qui fournissent des analyses de leurs propres expériences. Béatrice Costa se réfère au résultat d’un projet de traduction du récit «Therry» dans 12 langues. Elle développe une analyse narratologique de la nouvelle à travers la théorie de Friedrich Spielhagen dans « Les personnages dans les nouvelles de Marie Delcourt : traduire le non-conformisme ». L’étude « Œdipe sur la route en roumain. Genèse d’un processus traductif », alliant avec maîtrise le savoir-faire du praticien et les compétences d’enseignant-chercheur, nous initie au long parcours de Rodica Lascu-Pop engagée dans la traduction d’un des plus denses romans mythologiques du XXe siècle. Intéressée par la littérature belge, Rodica Lascu-Pop a contribué au rayonnement des lettres belges grâce à maintes traductions et initiatives. A l’occasion du volume collectif, elle revisite les étapes de son travail de traductrice en vue de l’explorer à la lumière de la génétique textuelle. Si la professeure émérite parle de son activité traductive en termes de rencontre plurielle, Mireille Brémond examine l’attitude et l’exigence de qualité de la première femme membre de l’Académie française envers les traducteurs de son œuvre érudite dans « Yourcenar : une traductrice face à ses traducteurs ». Propension au contrôle et volonté de collaboration étroite sont certaines des spécificités analysées pas Brémond qui se réfère à la correspondance de l’illustre académicienne pour réfléchir sur sa philosophie en matière de traduction. L’article de Claudio Grimaldi « Le corps en traduction : l’écriture « corporelle » de Nathalie Gassel » se propose de cerner les particularités du monde romanesque de cette auteure contemporaine et d’envisager le niveau lexical et certaines omissions dans la version italienne de son roman Musculatures.

« Traduction & Réfraction » regroupe cinq contributions consacrées aux stratégies et opérations de traduction activées par rapport à un choix d’œuvres d’auteurs représentatifs de différents genres romanesques et mouvements littéraires. L’article de Maria Giovanna Petrillo « Un mâle dans la culture italienne : traduire la sensualité du paysage belge » se focalise sur un roman de Camille Lemonnier, écrivain associé au récit régionaliste, dans le but de cerner la notion de paysage et d’analyser les choix traductifs de Lucia Manseverini. Celle-ci a su relever les multiples défis pour recréer les effets de réel, l’ampleur des synesthésies et les interférences artistiques dans sa traduction en italien. Sündüz Öztürk Kasar (« Traduire la ville en filigrane : Istanbul par Georges Simenon dans Les Clients d’Avrenos »), nous livre une analyse traductologique-sémiotique démontrant le rôle crucial de la ville d’Istanbul pour la genèse de l’univers du roman. L’enseignante-chercheuse met en œuvre le concept « traduction en filigrane » qu’elle a théorisé et qui « désigne un texte publié comme un texte original mais ce texte est généré par le biais d’une traduction qui s’accomplit dans l’esprit de son auteur. » (p.239). Dans l’article suivant intitulé « Diffusion et traductions de l’œuvre de Marguerite Yourcenar en Espagne. Le cas de L’Œuvre au Noir » André Bénit offre une vision plus globale de la réception de l’œuvre yourcenarienne en Espagne et se penche sur deux traductions en douze ans du célèbre roman historique lesquelles portent l’empreinte de leurs contextes socio-historiques respectifs et reflètent les enjeux de deux projets de traduction différents. A. Bénit étudie également les stratégies appliquées dans les traductions en espagnol et en catalan qui «nous réservent inévitablement quelques (bonnes et moins bonnes) surprises» (p.297). Les deux derniers articles de cette partie sont consacrés à deux auteurs belges contemporains qui entretissent dans leurs œuvres des éléments autobiographiques et une forte composante identitaire référée à leur Belgique natale. Marie Fortunati, dans « Le Passeur de lumière de Bernard Tirtiaux en allemand » attire notre attention sur les stratégies adoptées par Eliane Hagedorn dans sa traduction du premier roman du verrier-écrivain. Anja van de Pol-Tegge, pour sa part, offre une vue critique sur certaines démarches traductionnelles dans « Amélie Nothomb en traduction allemande. Facettes de la francophonie et transfert culturel ». La chercheuse met en exergue la revendication nothombienne de son ancrage identitaire belge et procède à une analyse imagologique de trois traductions qui minimisent et gomment les références belges en fonction des attentes du public-cible.

Deux chapitres, traitant des traductions en grec et en espagnol, composent la dernière partie «Inventaires ». L’étude approfondie et rigoureusement documentée de Fanny Sofronidou porte sur « Les traductions grecques de la littérature belge francophone. Inventaire et étude de leur présence dans la littérature grecque de 1913 à 2018 ». Elle propose un recensement minutieux des œuvres de tous les genres littéraires et propose en annexe le corpus intégral de données bibliographiques. La méthodologie relative à la théorie des polysystèmes et à la sociologie de la traduction contribue à dresser un bilan exhaustif des auteurs, genres et courants esthétiques les plus traduits en Grèce et à proposer une typologie des traducteurs. L’article de Thomas Barège « La littérature belge francophone vue par une anthologie mexicaine » se concentre sur l’anthologie par Laura López Morales parue entre 1995 et 1997 en trois tomes dont le premier est consacré à la francophonie en Europe. Un quatrième volume est publié en 2017 pour « compléter le travail en ajoutant une suite aux trois précédents » (p.403). Le chercheur s’attache à creuser le sujet de la présence de la Belgique dans cet ouvrage anthologique et d’en décrire les particularités et choix spécifiques, ainsi que les omissions, pour dégager les critères à l’origine des quatre volumes.

En conclusion, l’ouvrage dirigé par Catherine Gravet et Katrien Lievois s’inscrit parfaitement dans l’esprit de leur projet ambitieux d’examen interdisciplinaire des traductions d’un corpus d’œuvres de la littérature belge francophone qui impressionne par sa richesse, sa singularité et ses apports esthétiques en termes de continuité et d’innovation. Les articles des chercheurs représentant différents pays ont contribué à la construction d’une œuvre commune faisant état de la diffusion et de la traduction des auteurs belges francophones. Les chapitres de ce volume collectif évoquent en outre quelques paradoxes de la réception et du transfert culturel, sémantique ou linguistique de ce vaste corpus littéraire dans diverses aires géographiques et contextes socio-historiques. Les défis de la traduction paraissent pourtant relevés avec tous les enjeux de la découverte d’une altérité parfois à la lisière de l’intraduisible. Et même si le parcours du traducteur semble parfois semé de difficultés et de défaillances, la transmission, la présence internationale et la pérennité de la littérature dépendent du talent des différentes figures de médiateurs interculturels. Or, Catherine Gravet et Katrien Lievois avouent ne pas avoir envisagé de proposer une théorie au sens strict du terme, mais elles précisent au sujet de la pratique de la traduction que « analyser cette pratique relève d’une démarche particulièrement stimulante qui met, de toute façon, et l’œuvre et la traduction en valeur, tout, au bout du compte, n’étant que littérature. » (p.19)

Година XLVIII, 2021/4 Архив

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