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COLLOQUE INTERNATIONAL «LE COURS DE LINGUISTIQUE GÉNÉRALE ET LES SCIENCES DU LANGAGE EN EUROPE ORIENTALE» (LAUSANNE, LE 13 AVRIL 2016)

Le colloque international «Le Cours de linguistique générale et les sciences du langage en Europe orientale» s’est tenu à l’université de Lausanne (Suisse) le 13 avril 2016. Cette journée d’étude, rassemblant plusieurs linguistes et historiens des idées linguistiques de la Suisse, Belgique, Estonie et Russie, était consacrée au centenaire de l’éminente publication du Cours de linguistique générale, ainsi qu’à sa réception. Les conférences se sont déroulées en français, anglais et russe. A travers la problèmatique générale de la réception du Cours de linguistique générale, les participants ont soulevé un certains nombres de questions, communément discutées par les linguistes, au sujet du livre publié sous le nom de Ferdinand de Saussure.

L’organisatrice du colloque, Ekaterina Velmezova, a ouvert la manifestation en insistant particulièrement sur l’importance des idées du Cours de linguistique générale pour le développement des sciences du langage dans les pays de l’Europe orientale et en rappelant par la même occasion qu’en 1916, lors de la sortie du livre, Lausanne figurait à côté de Paris comme lieu de publication. Se tenant à Lausanne, ce colloque comporterait donc en partie également un rôle symbolique (le colloque consacré au centenaire de la publication du livre était planifié à Paris en juin 2016 et l’année du jubilé du Cours de linguistique générale devait se terminer en janvier 2017 à Genève, ville dans laquelle se trouve l’université où Ferdinand de Saussure donnait des cours sur la linguistique générale.) La secrétaire du Cercle Ferdinand de Saussure, Claire Forel (Université de Genève), a adressé un mot de bienvenue aux participants du colloque et a brièvement mentionné les manifestations organisées dans différents pays en 2016 pour le jubilé du Cours de linguistique générale.

La première conférence a été donnée par Mikhail Lotman (Université de Tallinn/Université de Tartu) qui a présenté l’exposé intitulé «Saussure entre le passé et le futur ». Ce chercheur estonien a rappelé que le Cours de Saussure a souvent été interprété de diverses manières. Il a analysé de près des fragments du Cours, qui ont été débattus de manières controversées par les linguistes d’Europe orientale, comme les passages sur la corrélation entre langue et langage ou sur la spécificité de la langue comme système sémiotique («sémiologique»). En outre, il a développé certaines idées de Saussure en présentant une approche possible de la typologie des systèmes des signes.

La deuxième présentation portait sur «La traduction et la diffusion du Cours de linguistique générale (1916) en Russie», sujet préparé par Estanislao Sofia (Université de Louvain) et Alessandro Chidichimo (Université de Genève), et présenté par ce dernier. L’exposé a été préparé sur la base de documents d’archives : les correspondances de Charles Bally, Albert Sechehaye, Serge Karcevskij, Roman Jakobson et Aleksandr Romm. A. Chidichimo a ainsi présenté les controverses autour de la traduction du Cours de linguistique générale en U.R.S.S., la première traduction, quelque peu inexacte, ayant été faite par A. Romm sans l’accord formel de C. Bally et A. Sechehaye.

Irina Ivanova (Université de Lausanne) a présenté la réception du Cours de linguistique générale à Petrograd – Leningrad dans les années vingt-trente du siècle passé. Selon I. Ivanova, les particularités de la réception du Cours s’expliquent en grande partie par l’influence des idées de J. Baudouin de Courtenay à l’aune desquelles certains linguistes soviétiques n’ont vu aucune nouveauté chez Saussure. Et s’il y existait un intérêt certain pour les thèses de Saussure à cette époque en Union soviétique (I. Ivanova a démontré ce lien au-travers des théories de V.V. Vinogradov qui a essayé d’appliquer l’opposition entre synchronie et diachronie à l’analyse de textes littéraires), un certain nombre de linguistes ont critiqué les idées du Cours. Notamment L.P. Iakoubinski qui refusait l’idée saussurienne présupposant l’impossibilité d’exercer une quelconque influence sur la langue.

Dans la même veine que la présentation d’I. Ivanova, celle d’une autre chercheuse de l’université de Lausanne, E. Simonato, a présenté les «idées phonologiques» développées dans le Cours de linguistique générale. E. Simonato les a analysées à la lumière de la réception du Cours par les linguistes soviétiques des années 1930. Ainsi, les idées générales des phonologues soviétiques (basées avant tout sur les idées de J. Baudouin de Courtenay) ont été comparées à l’approche phonologique de Saussure.

Patrick Sériot, autre chercheur lausannois, a exposé l’importance des idées de F. de Saussure pour la linguistique soviétique des années 1920-30 en général. Si Saussure était parfois considéré durant cette période comme «linguiste bourgeois», il serait possible de l’expliquer par le contexte intellectuel général de l’évolution des sciences humaines en URSS à l’époque concernée.

Ekaterina Velmezova (Université de Lausanne) et Kalevi Kull (Université de Tartu) ont exposé les idées « saussuriennes» dans les travaux des chercheurs appartenant à l’école sémiotique de Moscou-Tartu. La question centrale de la présentation portait sur le développement du modèle du signe (plus particulièrement du passage du modèle binaire au modèle ternaire) dans la seconde moitié du siècle passé. L’exposé était basé sur des interviews tenues avec des représentants de l’école sémiotique de Moscou-Tartu, tels que I.M. Lotman, B.A. Ouspenski et V.V. Ivanov. Comme les chercheurs l’ont souligné, les diffucultés auxquelles ils ont dû faire face étaient liées au fait que le signe comme objet sémiotique intéressait bien moins les sémioticiens de Moscou-Tartu que le texte. Dès lors, au lieu d’analyser les définitions explicites du signe, ils ont dû s’occuper de la reconstruction de ce dernier. Cependant, même en l’absence d’une définition claire du signe dans les travaux des sémioticiens de l’école sémiotique de Moscou-Tartu, leur inspiration du modèle binaire saussurien reste évidente dans un bon nombre de cas.

Dans l’exposé d’Andreï Dobritsyn (Université de Lausanne), il s’agissait de «la Métaphore du jeu d’échecs chez Saussure et de ses origines», de ses sources littéraires et de ses ascendants (dans la plupart des cas) au dix-huitième siècle. Cet exposé a remplacé celui de Sébastien Моret (Université de Lausanne/ Université de Tartu), qui proposait d’associer un certain nombre d’idées présentées dans le Cours de linguistique générale avec les idées de J. Linzbach. Cependant, S. Moret n’ayant pu venir à la conférence, c’est A. Dobrtisyn qui est intervenu à sa place.

Dmitri Sichinava (Institut de la langue russe RAN, Moscou) a parlé de la réception du Cours en Ukraine et en Biélorussie. Dans cette partie de l’Europe de l’Est, cet ouvrage est devenu bien connu durant l’entre-deux-guerres. Et si, par exemple, le Cours n’a été traduit qu’en 1998 en ukrainien (ce qui est devenu une étape importante dans la réception des idées de Saussure en Ukraine), l’importance de ce livre pour la formation de la linguistique ukrainienne d’aprèsguerre ne devrait pas être sous-estimée, selon D. Sichinava.

Dans l’exposé «De Saussure à Sapir: la linguistique russe d’hier», Vladimir Аlpatov (Institut de linguistique RAN, Moscou) s’est arrêté en particulier sur un certain nombre de caractéristiques de l’état actuel des sciences du langage en Russie. Comme l’a souligné V. Alpatov, à l’heure actuelle, dans cette discipline, en Russie, la perte de principes saussuriens devient de plus en plus évidente: Saussure a élargi le champ des études linguistiques grâce à l’accent mis sur la synchronie, mais l’a réduit aux frais des dispositions concernant le fonctionnement de la langue en tant que tel. A l’inverse, la linguistique contemporaine russe se détache des principes saussuriens en plaçant au premier plan le fonctionnement de la langue ; ceci ayant pour conséquence un élargissement du domaine de recherche dont, cependant, les limites deviennent opaques. Ce qui a pour conséquence directe un manque de rigueur et de «vérifiabilité» des recherches.

A l’issue de la journée, les intervenants du colloque sont arrivés à la conclusion que la réception du Cours de linguistique générale était liée à de nombreux malentendus. Or, l’histoire des réceptions de ce livre est loin d’être terminée. Ces deux thèses ont été particulièrement soulignées dans la discussion qui a suivi les remarques finales de l’organisatrice, E. Velmezova.

Година XLIV, 2017/3 Архив

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